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Une expérience d’apprentissage en unité mixte CNRS

7 mai 2018

Depuis septembre 2016, l’UMS Mathdoc accueille un apprenti. Interview croisé avec Evelyne Miot, directrice adjointe de Mathdoc, Olivier Labbe, maître d’apprentissage, et l’apprenti Alexandre Bouquet sur les modalités de l’apprentissage, le recrutement, le fonctionnement et sur leur expérience de l’apprentissage.

Evelyne Miot est directrice adjointe de Mathdoc (1) depuis janvier 2017. Elle en était auparavant conseillère scientifique.
Olivier Labbe travaille à Mathdoc depuis quatre ans. Il est responsable de l’équipe informatique et maître d’apprentissage d’Alexandre.
Alexandre Bouquet est développeur en apprentissage à Mathdoc depuis septembre 2016. Il est étudiant à l’Ensimag, Ecole nationale supérieure d’informatique et de mathématiques appliquées, à Grenoble, qui offre une formation d’ingénieur par apprentissage « Informatique et systèmes d’information ».

Comment êtes-vous devenu apprenti ?

AB : J’ai postulé à l’Ensimag pour une formation en alternance. J’ai été retenu sous réserve de trouver un contrat d’apprentissage. L’école diffuse des offres d’apprentissage adaptées aux contraintes de l’Ensimag. J’ai répondu à l’offre de Mathdoc qui m’a fait passer un entretien puis retenu.

Côté Mathdoc, qu’est-ce qui vous a amené à embaucher un apprenti ?

OL : J’ai su par des réseaux de développeurs de la région qu’on pouvait avoir des contrats d’alternance. Par ailleurs, le CNRS propose des contrats d’alternance d’une année. Cela m’a paru intéressant.
L’Ensimag demande pour le stage un encadrement de 3 ans.
Former un autre informaticien pendant un an, c’est intéressant pour l’un comme pour l’autre. Sur trois ans cependant, un projet a le temps de se développer. Le CNRS a accepté de financer le projet sur 3 ans.

Comment s’est passé le recrutement ?

OL : La procédure de recrutement est simple. La seule contrainte est de s’aligner sur les dates de l’école pour le recrutement : les élèves d’Ensimag sont souvent acceptés en mai sous réserve de trouver une alternance pour l’automne. C’est à ce moment-là que cela se passe. Nous avons eu deux demandes et fait passer un entretien à chaque candidat.

Comment se déroule votre apprentissage ?

AB : J’alterne 6 semaines de cours à l’Ensimag et 6 semaines à Mathdoc. Et je passe les mois d’été à Mathdoc.

OL : L’alternance 6 semaines / 6 semaines proposée par l’Ensimag est un bon découpage de calendrier par rapport à une alternance de quelques jours par exemple.

Le projet Mathdoc sur lequel vous travaillez se prête-t-il à un découpage en périodes de 6 semaines ?

AB : Je travaille exclusivement avec Olivier et avec un membre du réseau national des bibliothèques de mathématiques (RNBM) (2). Ils savent que pendant mes semaines d’école, le projet avance peu. Le RNBM fait des tests pendant mon absence. Je reprends le travail là où je l’ai laissé quand je reviens. Ça ne pose pas de problème. Sur ce projet-là c’est un rythme qui marche bien.

OL : C’est un projet nouveau. Il y a eu une première phase de conception, pendant laquelle le rythme des 6 semaines n’était pas gênant. En ce moment c’est un peu plus délicat. La dernière année, Alexandre est présent 6 mois d’affilée, cela correspond à un projet de fin d’étude. Cela tombe bien pour le projet.

Quel est ce projet sur lequel vous travaillez ?

AB : Il s’agit de construire une application web qui permette aux documentalistes dans les laboratoires de mathématiques de renseigner les contenus des licences locales d’abonnement de leur établissement, et aux chercheurs de pouvoir accéder via portail math aux ressources documentaires de leurs laboratoires ou de leurs universités.

La communauté mathématique a déjà accès aux abonnements nationaux mis en ligne sur le portail math (3). L’application rendra possible aussi l’accès aux abonnements de chaque université et laboratoire. L’enjeu est de construire une application qui recense les ressources locales des bibliothèques de mathématiques, et d’en gérer le contenu dans le portail national.

OL : Le projet d’Alexandre est porté par l’UMS Mathdoc et se fait en étroite collaboration avec le RNBM. Sans l’aide du RNBM, l’application n’aura aucune donnée et ne servira à rien. L’application sera connectée au portail math, qui est un projet à trois, incluant le RNBM et Mathrice (4), le réseau des administrateurs système et réseau des laboratoires de mathématiques de l’Insmi. Mathrice offre de nombreux services numériques et permet une authentification unique aux différents services.

Et techniquement, qu’est-ce qui vous a été imposé ?

AB : Techniquement, je fais du développement logiciel. J’utilise un environnement de développement et un langage qui m’ont été imposés. J’ai été libre de faire la modélisation de l’application.
On ne m’a pas donné de spécifications. On m’a donné un projet, un travail en interaction, en itération, avec des aller-retours entre les personnes concernées.
J’ai eu une période d’échange avec les documentalistes du RNBM pour définir les besoins des utilisateurs. Travailler avec le RNBM m’a permis de m’y retrouver dans les aspects qui relèvent du métier de bibliothécaire.

Une alternance en entreprise peut déboucher sur une offre d’emploi : qu’est-ce qui a motivé votre choix d’alternance chez Mathdoc ?

AB : Je n’ai pas choisi cette alternance en vue d’un emploi ultérieur, mais pour le projet lui-même. Dans une entreprise, je trouverais le même type de projet, mais ici j’ai plus de liberté. J’ai de l’autonomie. Il y a moins de contraintes et de pression. Je préfère travailler en faisant bien les choses.

Votre expérience chez Mathdoc est-elle valorisable ?

AB : Oui, le travail technique sur le projet est valorisable. C’est du développement ingénierie logiciel classique.

OL : Et il y a le fait que c’est un travail au CNRS.

Evelyne Miot, pourquoi engager un apprenti à Mathdoc ?

EM : Par rapport à un stagiaire qui vient pour une durée limitée et pour lequel on crée une tâche spécifique, on est là sur un projet de long terme. Le système de gestion d’utilisateur qu’Alexandre développe va pouvoir être utilisé et servir à toute la communauté. C’est notre premier apprenti à Mathdoc. On en est très contents. Il est très bien intégré à l’équipe, il participe aux activités, aux réunions d’équipe. Pour Mathdoc, c’est bien de participer à la formation des jeunes universitaires et chercheurs.

OL : Par rapport à un stage, on a un lien plus proche avec l’école. Il y a des objectifs à remplir, des tâches et des attentes de l’école à valider. Le tuteur de l’apprenti vient en visite une fois par période de 6 semaines. Il est attentif aux technologies que l’apprenti développe, à la validation des objectifs de la période. L’interaction est intéressante.

Comment s’organise le financement de l’apprentissage ?

Le CNRS prend en charge les coûts salariaux, Mathdoc participe uniquement aux frais de formation, c’est-à-dire environ 3000 euros par an. L’argent transite par le centre de formation CFI, qui le reverse à l’Ensimag. Le CFI organise deux journées par an avec les apprentis pour faire le point sur leur apprentissage.

Olivier, combien de temps cela prend-il d’encadrer un apprenti ?

Le temps d’encadrement est faible. Comme si Alexandre était en CDD. C’est un gain net : s’il n’était pas là le travail ne serait pas fait.

Des points négatifs ?

OL : Alexandre est un salarié du CNRS. Le contrat d’apprentissage est à temps plein, payé à temps plein, l’employeur autorise l’apprenti à se former pendant 6 mois, l’apprenti a donc l’intégralité de ses congés. Or, il n’est présent à Mathdoc que la moitié du temps et il doit prendre ses vacances sur ces périodes-là. Son temps de vacances ne peut pas tomber quand il est en période de cours. Cela demande de l’organisation. Mais c’est le seul point négatif.

AB : Aucun retour négatif. Avant, j’étais étudiant. J’hésitais à faire une formation initiale ou une alternance. L’alternance me donne l’indépendance financière.

Dans le projet, qui est pilote ?

AB : C’est à Olivier qu’il revient de prendre les décisions in fine, mais tout se discute entre nous.

(1) Cellule de coordination documentaire nationale pour les mathématiques, Mathdoc est une unité mixte de service créée en 1996.

(2) Groupement de service depuis 2004, le réseau national des bibliothèques de mathématiques structure un réseau de documentalistes et de mathématiciens et regroupe les bibliothèques de mathématiques en France.

(3) Portail math est un site destiné à la communauté mathématique. Il permet d’accéder aux ressources documentaires ainsi qu’à des services numériques.

(4) Groupement de service créé en 2000, Mathrice regroupe la quasi-totalité des administrateurs système et réseau des laboratoires de l’Insmi. Il a la double mission de réseau métier et de pilotage d’actions nationales structurantes en soutien à la recherche en mathématique.